La saisonnalité en bourse

« Sell in may and go away « ! Vous avez certainement déjà entendu cette expression qui évoque le phénomène de saisonnalité en bourse. Qu’en est-il vraiment ? Faut-il appliquer à la lettre cet adage quelle que soit votre stratégie ?

C’est ce que nous allons voir dans cet article.

Bonne lecture !

 

La saisonnalité en bourse mise en évidence sur plus de 300 ans :

À la fin de 2012, Ben Jacobsen et Cherry Y. Zhang de l’Université Massey (Nouvelle-Zélande) ont publié une étude très intéressante : Are Monthly Seasonal Real?

L’objectif : mieux comprendre le phénomène de la saisonnalité en bourse et vérifier sa pérennité au fil des siècles. Vous  la trouverez ici.

D’ autres études plus anciennes évoquent ce phénomène mais celle-là a la particularité d’utiliser un lot de données assez impressionnant.

Les deux chercheurs à l’université de Massey (Nouvelle Zélande) ont mis en évidence dans cette étude une vraie anomalie de marché en compilant plus de 300 ans de données (depuis 1693) dans 108 pays !

Concernant la tendance de certains mois à dégager plus ou moins de performance :

L’effet « janvier » (surperformance du mois de janvier en bourse) présent de nos jours n’existait pas sur les 150 premières années des tests, alors remplacé par l’effet « décembre », mais cela s’ est inversé après 1850 jusqu’à aujourd’hui. 

Septembre, Octobre et Juillet sont souvent des mois à performance négative et sont très souvent moins performants que les autres mois de l’année, mais pas de manière systématique.

– Le mois d’avril a tendance a surperformer depuis 1940, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Il n’y a donc  pas de mois systématiquement plus ou moins performant sur toute la durée testée. La période testée est très longue et a été ponctuée par de très nombreuses évolutions sociales et économiques. Ces évolutions ont très certainement eu des répercutions sur la saisonnalité boursière à l’échelle mensuelle, mais si l’on considère des périodes plus longues (6 mois), une vraie tendance se dégage :

Les marchés sont plus généreux à partir d’Halloween

Sur les 300 années testées, c’est une évidence. La période Novembre-Avril surperforme la période Mai-Octobre de manière systématique. La performance indicielle est donc réellement concentrée de manière très nette sur la période Novembre-Avril, depuis très longtemps. Ainsi, une stratégie « Sell in May » bat le marché 9 fois sur 10 sur un horizon de placement de 10 ans. 

L’écart de performance entre l’été et l’hiver est non seulement aussi ancien que les données traitées mais il a aussi été observé dans le monde entier. Il s’est même accentué au cours des dernières décennies. 

Quelques graphes pour illustrer tout cela :

Ci-dessous l’écart de rendement entre les périodes estivales et hivernales par décennies.

Mise en évidence de la saisonnalité en bourse
Source : Ben Jacobsen et Cherry Y. Zhang.  Are Monthly Seasonal Real?

Ci-dessous on voit que l’écart de performance entre été et hiver a tendance à se creuser en faveur de la période hivernale.

mise en évidence de l'accentuation de l'effet saison en bourse
Source : Ben Jacobsen et Cherry Y. Zhang. Are Monthly Seasonal Real?

Fig 7 : Comparaison de 2 portefeuilles : Le premier est investi seulement en période hivernale (Halloween) et l’autre en mode Buy and Hold.

Saisonnalité en bourse : comparatif de 2 portefeuilles.
Source : Ben Jacobsen et Cherry Y. Zhang.  Are Monthly Seasonal Real?

Pourquoi ces écarts ?

On le sait, l’anticipation et les prévisions font partie des informations largement divulguées au quotidien dans le monde de la bourse. Difficile d’y échapper, même si l’on connaît les conséquences de l ‘anticipation pour l’investisseur…

Les cours montent parce qu’il y a de l’optimisme dans l’air, plutôt en fin d’année (l’exercice suivant est anticipé) et en début d’année.

On sait que les analystes financiers sont plutôt optimistes en fin d’année et pour le début de l’année suivante, mais les chiffres du mois de mai (publications du premier semestre) rappellent les investisseurs à la réalité avec très souvent des révisions à la baisse des prévisions.

L’écart entre l’anticipation et la réalité remet donc les pendules à l’heure à partir du mois de mai jusqu’à Halloween !

La saison hivernale est donc propice aux anticipations et à l’optimisme alors que l’été est synonyme d’un retour à la réalité et d’un réajustement.

 

La saisonnalité en bourse doit-elle être systématiquement prise en compte dans toutes les stratégies d’investissement ?

En fait, tout dépend de la stratégie utilisée!

A titre de contre exemple, j’ai fait le test afin de mesurer l’impact de la saisonnalité sur la performance de la stratégie Mensuelle affichée sur ce blog. Voici les résultats :

Tout d’abord voilà la moyenne des performances mensuelles de la stratégie sur les 24 dernières années. On peut voir une performance moindre au cours des mois d’été, même si ça n’est pas flagrant, mais surtout une surperformance au cours du trimestre décembre-janvier-février. En apparence donc, on pourrait penser que prendre en compte la saisonnalité pourrait être bénéfique!

Performance moyenne mensuelle de la stratégie PEA-rentier sur 24 ans
Moyenne des performances mensuelles de la stratégie PEA-rentier sur 24 ans

Afin de mesurer l’incidence sur le long terme, voilà un comparatif de deux portefeuilles utilisant la stratégie du blog pour le premier, et la stratégie du blog amputée des mois d’été pour le second.

Cidessous la courbe des gains en investissant toute l’année, c’est le graphe du blog :

Evolution du portefeuille PEA-Rentier
Portefeuille du blog : Investissement toute l’année

La courbe des gains en mode investissement « sell in may » :

Evolution du portefeuille PEA-rentier en mode "sell in may"
Portefeuille du blog : Investissement « sell in may »

Que voit-on ?

Au niveau du rendement, il n’y a pas photo, la stratégie est beaucoup moins efficace en vendant en Mai et en restant cash jusqu’en Novembre, comme quoi les apparences peuvent être trompeuses.

La volatilité est par contre légèrement moindre. Il est vrai que les mois les plus volatiles de la stratégie du blog se situent souvent durant l’été, on le voit facilement sur la page détaillant les performances mensuelles.

Le pourcentage de mois positifs est également supérieur en mode « sell in may », ce qui est bon pour le moral de l’investisseur, mais une fois de plus on a la démonstration que taux de réussite élevé n’est pas synonyme de performance élevée.

Il faut donc agir au cas par cas, et tester, sans généraliser. De la même manière, on pourrait penser qu’adopter une stratégie « sell in may » quand on est day trader n’a pas trop de sens puisque l’incidence de cette anomalie de marché n’entre en jeu que pour des positions détenues très longtemps…Mais la volatilité souvent liée au manque de volume en Juillet- Août fait qu’il est parfois plus sage de s’abstenir de trader durant ces périodes.

 

Conclusion :

Cette étude, en plus de nous montrer que 95 % de la performance indicielle se fait de manière historique sur la période Novembre-Avril confirme qu’une anomalie de marché peut se développer et durer plusieurs décennies voire plusieurs siècles. Il existe de nombreuses anomalies de marché à exploiter, mais il ne suffit pas de les connaître pour être capable d’en profiter!. 

L’année 2020 a démarré de manière très atypique, échappera-t’elle à la règle de la saisonnalité boursière ?

N’hésitez pas à partager cet article !

Vous voulez tester la stratégie Mensuelle ? Inscrivez-vous !

A bientôt

Laurent

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
17 − 15 =